Il y a des matins où l’on pense qu’on ferait mieux de descendre pieds nus sur la plage
en bas de la maison. On se tournerait vers l’ouest d’où soufflent les vents du large
dans le parfum poivré des épices atlantiques et on resterait là, comme un albatros,
tremblant dans les premiers rayons du soleil…
Ces jours-là on se demande quel sens ça a de courir après les auteurs et le temps,
le temps et l’argent , l’imprimeur et le distributeur,
et les médias qui oublient ce tout petit là-bas, juché sur son rocher, qui regarde la mer.
Pourtant dans la galère il y a des auteurs, il y a des amis, des libraires, des lecteurs aussi,
et tous ceux qui croient encore que l’avenir et le rêve s'écrivent toujours sur des feuilles blanches.
Les regards s’allument :
— Vous êtes éditeur, comme Gallimard ou comme Hachette ?
Confusion sémantique.
— Éditeur comme un albatros ; j’essaie de m’envoler face au vent…
Ces soirs-là, quand on entend le vacarme du ressac qui taraude la falaise,
quand un vol d’oies sauvages ondule et vibre vers le grand sud comme les pages d’un album,
on se dit que si l’on fait le dernier des métiers, c’est sûrement le plus beau.