« Les Chemins noirs du Pays Blanc » est votre nouveau roman policier. Où se déroule l’action de cette affaire ?
J'ai choisi un des endroits les plus singuliers – avec la Grande Brière – de la Loire-Atlantique : le Pays Blanc. Les marais salants, qui occupent le vaste triangle s'étendant entre Guérande, La Baule et Le Croisic, constituent un microcosme fascinant, un lieu magique où perdure une activité qui demeure presque inchangée depuis le moyen âge : la cueillette du sel. C'est aussi une région fragile, menacée. Les appétits des promoteurs qui empilent des kilomètres de balcons dans des stations balnéaires voisines de plus en plus invivables ne manquent pas d'être excités par les franges de ce vaste espace. Aussi ai-je introduit une dose de magouilles politico-immobilières dans mon roman, mais ce n'est pas le ressort principal de l'action.
Justement, que pouvez-vous dévoiler sur l'intrigue qui mettrait en appétit les lecteurs ?
Pas grand-chose. Tous les efforts d'un auteur de polar portent généralement à reporter aux toutes dernières pages l'élucidation du mystère, aussi n'est-il pas question de livrer les clés à qui n'a pas encore ouvert le livre ! Tout ce que je peux dire, c'est qu'il existe en réalité dans « Les chemins noirs du Pays Blanc » deux intrigues qui interfèrent, dont l'une met en scène des personnages cheminant mentalement, et depuis longtemps, au long de leurs propres « chemins noirs », avec l'espoir, pour certains, d'atteindre un jour la lumière, d'être enfin délivrés de leurs obsessions. Dans ce roman plein d'ombres, j'ai pris plaisir à jouer des contrastes, par exemple entre le blanc et le noir. Comme sur un échiquier ; le jeu d'échecs tient une certaine place dans ce mystère. Il y a des cadavres assez nombreux, car quand je commence à tuer, je ne sais plus m'arrêter. Il y a des personnages qui jouent un rôle et ont parfois un comportement déroutant, il y a des rebondissements, des détails intrigants, de la haine, de l'amour et de l'amitié. Et la beauté d'un paysage exceptionnel. Si tous ces ingrédients n'excitent pas l'appétit des lecteurs, il faut qu'ils se tournent vers une autre cuisine…
On retrouve dans cette histoire l’inspecteur Élisée Loudéac, déjà présent dans votre précédent livre « Nantes, rue des Orties ». Peut-on commencer à parler de série ?
Oui et non. Je ne suis pas favorable aux personnages récurrents. On voit bien que certains auteurs, à force de mettre en scène les mêmes principaux protagonistes, tombent dans la routine, le stéréotype. Cependant, j'envisage une nouvelle aventure avec Élisée Loudéac et sa belle compagne Alizée, à nouveau dans un décor nantais. Une histoire pleine de mystères et de bizarreries, puisque le bizarre est ce qui motive mon enquêteur. J'ai déjà le titre – mais c’est top secret – et les quatre ou cinq premières lignes. Il ne reste plus qu'à développer ! Mais pour le moment je travaille sur un autre projet de polar déjà bien avancé, avec d'autres personnages. Une très belle histoire d'amour et de haine, située sur deux plans temporels. Ça s'appellera « L'Été de Julie », si mon auguste éditeur le veut bien.
Quel esprit de polar apparaît dans vos livres ? Vous reconnaissez-vous dans une école ?
Si je devais me reconnaître dans une école, je voudrais que ce soit la mienne ! Mais je suis très conscient de l'extrême prétention de cette affirmation. Mon but est de faire partager à mes lecteurs le plaisir que je prends à raconter des histoires, avec quelques impératifs : une écriture soignée, une certaine dose de psychologie, mais sans abuser, des intrigues originales – raison pour laquelle je ne m'inspire jamais d'un fait divers réel sur lequel baser mon récit, comme le font certains, et ça les regarde –, et des personnages attachants et volontiers décalés.
Justement, à propos de personnages décalés, on note la présence fréquente dans vos écrits de déséquilibrés : il y avait un schizophrène dans « Chemin des douaniers », et dans « Nantes, rue des Orties », le nommé Chien-Fidèle, ainsi que son maître, ont manifestement l'esprit dérangé. Dans « Les Chemins noirs du Pays Blanc », on rencontre encore un homme surnommé « le Fou »… La folie vous intéresse ?
Folie est un grand mot. Et qui peut se proclamer totalement sain d'esprit ? Chacun de nous est le fou de son voisin. Mais c'est vrai que je m'intéresse aux dérives névrotiques et psychologiques, parce qu'elles pimentent un réel par trop raisonnable. Que la vie serait ennuyeuse si tous étaient parfaitement équilibrés ! À devenir fou ! Alors oui, c'est vrai, il y a des individus plus ou moins fous dans mes histoires publiées, et il y en aura dans les futures ! |