Entretien avec Jean-Luc Russon:
« Je suis d’abord romancier »
Maléfices en bords de Loire Jean-Luc Russon, vous publiez aujourd’hui votre septième livre, et le quatrième de la série Carbone des éditions d’Orbestier. L’éditeur souligne que ce polar s’adresse aux amateurs d’une littérature policière dans laquelle le climat et la psychologie sont prédominants. Pourriez-vous préciser votre conception du roman policier ? Je n’ai pas de conception et je ne m’attache pas à creuser mon sillon dans le seul champ de la psychologie criminelle. Je raconte des histoires, voilà tout. Il se trouve que ces histoires mettent en scène des personnages que les circonstances entraînent sur le chemin périlleux du crime. Ce ne sont pas pour autant des criminels nés, pas toujours, et autant que coupables ils sont victimes. Victimes de leurs mauvais choix, victimes d’un enchaînement de faits qui, en se renforçant l’un l’autre, les conduisent à l’abîme parce qu’il leur a manqué, à un certain moment, la force d’y échapper. Victime des autres aussi. Témoin de ces dérives, j’en fais la chronique. Vous êtes en train de dire que vous n’êtes pas l’auteur d’une histoire, mais seulement son chroniqueur ? Mais oui ! Au début de mon travail, je rencontre un certain nombre de personnages. Je les observe, je les suis pas à pas, je relate à mesure leurs actions, bonnes ou mauvaises, mauvaises le plus souvent, et je m’efforce de comprendre ce qui les a entraînés à agir ainsi qu’ils l’ont fait, principalement quand ils se sont mis à tuer, ce que personnellement je réprouve. La leçon que je tire de cette observation, c’est que personne n’est totalement bon ou totalement mauvais. Croire cela, c’est se soumettre à une conception manichéenne de l’existence. Tout est en demi-teintes. J’en arrive à conclure que n’importe qui, et vous et moi, peut être amené à agir en criminel si les circonstances l’y poussent. La différence, c’est que vous et moi, nous avons en nous les ressources morales et intellectuelles qui nous évitent de tomber dans ce genre de piège. Pour résumer, vous êtes un témoin ? Pas un juge. Pas un juge, certainement pas. D’ailleurs, si vous êtes un familier de mes écrits, vous aurez constaté que " mes " coupables échappent assez souvent au châtiment. Ça ne m’intéresse pas de dire à mon lecteur, à la fin du roman : " voilà, ce sale type paie pour les crimes qu’il a commis, bien fait pour lui ! " C’est pour cela que les termes " polar " ou " roman policier " avec lesquels il faut bien qualifier mes écrits dans un souci de classification me paraissent inadaptés. Je suis d’abord romancier. Tout particulièrement pour ce nouveau roman, Maléfices en bords de Loire. On y voit bien passer deux gendarmes de temps en temps, mais on ne peut vraiment pas dire qu’ils enquêtent. Même quand je mets en scène mon personnage d’Élisée Loudéac, officier de police, qui apparaît dans « Nantes, rue des Orties » et dans « Les Chemins noirs du Pays Blanc » - et qui apparaîtra, je l’espère, dans mon prochain titre -, on ne plonge pas dans la mécanique rigoureuse de l’enquête policière, tant Loudéac est peu conforme à l’image qu’on se fait du flic compétent. Tout se passe au niveau humain et à l’intérieur de l’esprit humain, mais pas seulement. C’est-à-dire ? C’est-à-dire que ça se passe aussi dans une ambiance. Dans un décor. Ici, dans celui, paisible et apparemment sans mystères, des marais qui bordent la Loire entre Donges et Cordemais. Vous noterez que l’eau n’est jamais très éloignée, dans mes écrits. L’embouchure de la Loire dans « Chemin des douaniers », la Loire encore dans « Maléfices en bords de Loire » et dans « Nantes, rue des Orties », l’Erdre bientôt et les marais qui la bordent. Les marais encore, mais salants ceux-là, de Guérande dans « Les Chemins noirs du Pays Blanc » : un décor somptueux, un milieu exceptionnel, merveilleux. Et à chaque fois un décor qui permet à l’un au moins de mes personnages, celui qui cherche à comprendre de quoi il retourne, de marcher longuement en réfléchissant à l’affaire. C’est en marchant qu’on finit par trouver la vérité. Une dernière question classique : lequel de vos romans préférez-vous ? Si je vous disais que c’est le prochain ce serait une réponse classique… et ce serait vrai mais j’aime beaucoup celui qui vient de sortir.
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